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De quelques bêtes...

Inconnues, improbables encore que souvent attestées par les savants et croisées chez les meilleurs auteurs.

Amelette Haula Quarognon
Baba Icarette Ramona variable
Cancannote Jésucrix Sabretouche
Chocette Krampousse Tourne-fesses
Drapatel Lampion Uaganascar
Echoquillette Merdasse Véloce
Famousse Népète Wawa
Glacis Ôme Xchtys
Gigôte Phelix Yaï
    Zabate

Amelette

C'est un oiseau fidèle. Fidèle en cela qu'il ne quitte pas d'une semelle la personne qu'il s'est choisi et dont il annonce la mort prochaine. On ne sait au juste si « prochaine » se mesure en  heures, en jours, ou  en mois. On manque de statistiques fiables sur ce sujet mais, en règle générale, ne comptez pas sur une année supplémentaire.

La nuit, on le comprend, serait défavorable à l'amelette s'il ne possédait, en plus du don de prescience, l'odorat aiguisé du chien de chasse. Qu'adviendrait-il si l'oiseau perdait votre trace ? On raconte que  «  tout serait bouleversé à jamais ». C'est excessif. Mais rien ne serait plus comme avant, c'est certain.

Dès qu'on aperçoit l'amelette à quelques mètres du sol, point fixe emplumé,  lançant son « Ve ! ve ! ve ! » grinçant, on se signe et l'on passe son chemin sans demander son reste. Surtout ne pas se retourner, ni regarder en l'air. La vie ne tient qu'à un fil. On rentre chez soi. On écrit que tout va bien. Le temps presse. Deux lignes suffiront.


Baba

On repère de loin les ocelles blanches et sang-de-bœuf qui palpitent sur les tombes et vous fixent, les croyants l'affirment, comme les yeux crevés de je ne sais plus quel saint.

Le dimanche, à l'heure du désert, les yeux entrent dans les maisons pour visiter les pâtisseries et s'y gaver de sucre. 

Cependant, certaines pâtisseries leur sont fatales. Ainsi les babas au rhum, cachés dans les cimetières pour attirer les mouches.

Qui le trouve dans son thé se gardera, même par politesse, de l'avaler. 

Cancannotte

D'une rondeur de carchouflien, gris cendré, la tête recouverte d'un capelet de plumes rousses, cet oiseau campicole, vivant à l'état sauvage et domestique, est recherché pour son chant mélodieux aux sonorités variées de clavecin, de violon, et de cor qu'il fait entendre lorsqu'il est effrayé.

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« Deux cents ou trois cents cancannotes furent réunis pour un concert qui, sous les feux d'artifice, amusa grandement l'assemblée de quoi les musiciens du royaume firent grands cancans ainsi que si la musique noble eût du périr pour être de la sorte contrefaite.» 

Hully (1668-1715) Mémoires t.VI p.178, éd. de 1763.


Chocette

C'est le nom de la chuchaille fraîche de Marseille, mais  également de la cajouche salée en Saintonge. Dans le Bordelais le petit de la chocette est le jagajorille qui prend le nom de Xilotl à Tenochtitlan au Mexique.

En Picardie les œufs de la chocette sont appelés piatoires ou pneuneufs selon qu'ils sont crus ou cuits. Mais dans les deux cas il sont impropres à la consommation.

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« Sachez que la pêche à la chocette exige une patience d'ange.» Almanach du Grand Pêcheur. (1866).


Drapatel

Mammifère rongeur, vorace et prolifique, le drapatel possède une poche secrétant un épais liquide nauséabond. Son cri désagréable ressemble au bruit sec et aigu de la crécelle. Il aurait été introduit en 1435 par le marquis  Arnoul Chailloux des Arnières de la Margerie.

Dans l'île d'Inferna, le drapatel a pour ennemi naturel le wawa.

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« Une taille bien prise, une tête menue, un museau fin, une jolie fourrure paille, une longue queue agile, de petits yeux rubis très-expressifs, une odeur peu commune, un cri ressemblant aux joyeux claquements d'une castagnette, voilà le portrait de ce rongeur vif et peu farouche.»

Ardouin Chailloux des Arnières de la Margerie (1764-1835), Mes bêtes. (1834).

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« Cependant on y voit plus d'enfants qu'ailleurs; cela vient que la partie huileuse du drapatel est propre à fournir cette matière qui sert à la génération. Ce serait une des causes de ce nombre infini de peuple qui est aux pays du levant.»

Argymire Chailloux des Arnières de la Margerie (1689-1745), De l'esprit des bêtes. liv.XXIII, ch.XIII.


Echoquillette

Passereau vert pâle au bec et à la caroncule rouge cerise, remarquable pour sa capacité à imiter de nombreux bruits et tout particulièrement ceux des machines-outils.

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Chnikov : Avez-vous entendu ce bruit, un bruit de taille-haie?
Temkime : Certainement, une échoquillette.
Chnikov : J'en entendis une, il y a peu, qui me rappela mon enfance. Je fermais les yeux, j'avais dix ans. Un après-midi, un jeudi sans doute, par un raccourci à travers bois, connu de moi seul, j'allais chez le dentiste.
Temkine : C'était une tronçonneuse?
Chnikov :  Non pourquoi? Ce n'était pas une tronçonneuse. C'était une fraise, tout simplement. Une fraise pour évider les parties cariées des dents.
Temkine :  Une fraise des bois, en quelque sorte.

Antoine Simon (1951-1998), La conciergerie, p.60  (1997).  

Famousse

Mollusque gastéropode dont la coquille ressemble à une petite trompette.

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« La famousse doit ce nom au préjugé qui, dans les temps d'ignorance, la faisait regarder comme donnant naissance à des fées et autres merveilles qui, si on voulait en donner le catalogue, ferait la matière d'un mémoire bien nourri et indigeste.

Ce mollusque est celui sur lequel on a débité le plus de  calembredaines, surtout en Angleterre où  le peuple crédule  de cette île  lui a attribué maintes qualités et, fait remarquable, persévère à lui  en attribuer malgré les progrès de ce siècle. On m'assure  que de nos jours  il est  fait usage, non loin de Plymouth, de la coquille du famousse pour marquer les draps des  filles  en âge de convoler et leur assurer, croît-on  un beau mariage et une belle descendance !» 

J.A Grenouilloux (1736-1873), Histoire naturelle des côtes et des embouchures (1872 ).


Glacis

Entre deux bouchées, il passe sa vie à fondre : il mange et disparaît. Toutefois, jusqu'à sa dernière heure, s'il meurt de mort naturelle, il garde sa forme.

Plongé dans l'eau, il finit  par sortir de sa carapace, le nez en premier à la manière d'un hérisson. Vous le saisissez précautionneusement et le posez sur votre paume. Il s'y déplace lentement et répand une salive collante à l'odeur de lait caillé. A l'air libre, cette bave se transforme  en cristaux qu'on ne sait à quel usage  destiner.


« Sachez que la pêche à la chocette exige une patience d'ange.» Almanach du Grand Pêcheur. (1866).


Gigôte

Le gigôte est une espèce de singe qui représente symboliquement le confesseur ou le garde des sceaux.

Le Gigôte


On voit ici un gigôte enchaîné. Particulièrement bruyant, l'animal fait office d'oie d'alarme. Il est souvent remplacé par l'uaganascar de Madagascar. 

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En ces temps, toujours taschoit le roy à venir à fin des gigôtes qui pillaient vignes et vergers : car il lui sembloit que c'estoient choses plus aysées à piéger, et de moindre deffense, que n'étoient les males pestes cachées ès paîs de montagnes aspres, pleines de forests et de pâles marécages, là où il n'y a grand'sureté pour un crestien.

Au fond il me semble que Dieu n'a créé aucune beste à qui Il n'est fait un homme pour la tenir en crainte et humilité. Et, à l'opposite, Il n'a crée aucun homme à qui Il n'ait donné sa beste pour l'ayder ou le pugnir cruellement de sa mauvestié. Car quand Il est tant offensé qu'Il ne le peut plus endurer, mais veut monstrer sa divine justice, Il jette sur l'homme de grandes playes pour icelui. Ainsi sont les pouils, les pulces, les salterelles, les punayses et autres petites bestes que je ne nommeray pour cette heure ne les point avoir vues de mes yeux et pour briefeté.

Condamynes, Mesmoires des bestes. (1444)


Haula

Petit cervidé à ramure complexe.

Les bois qu'il porte au sommet du crâne s'entremêlent à l'âge adulte et forment un ensemble utilisé comme lustre dans les campagnes. Paradoxalement ils sont un symbole de confusion.

On a retrouvé des bois dans des stations préhistoriques dès le paléolithique. Sur  quelques peintures rupestres on voit un haula bondissant poursuivi par un chasseur. L'absence de contact avec le sol étant ici un signe d'invulnérabilité.

L'absence du Haula en héraldique n'est pas sans poser problème.

Icarette

L'icarette symbolise la folie des grandeurs par sa capacité à se gonfler outre mesure  et – telle une baudruche qu'on lâche - à se vider brutalement de tout l'air contenu pour s'envoler d'un coup.

Cet envol qui à son point le plus haut tient en une petite dizaine de centimètres  n'est guère impressionnant. Mais si on appliquait à l'éléphant la propriété pneumatique de l'icarette, on le verrait s'élever  d'un coup les airs sans aucun effort jusqu'au balcon d'un sixième étage. On serait alors surpris, ravi, effrayé aussi à l'idée de la chute à venir.

Si l'on observe l'icarette à la loupe, on ne peut que le comparer à une poire à lavement tant par sa forme que par la couleur vieux rose chair de ses écailles.
Elle possède avec le caoutchouc artisanal ou industriel son élasticité qui a fait sa fortune et lui envierait  l'éléphant dont nous venons de voir les prouesses s'il la voyait retomber sur ses pattes avec la grâce d'une puce de chat et la légèreté de celle d'un rat.

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« Les chanteuses s'étaient tues. On n'entendit plus que la respiration caverneuse du druide Rug d'ab Fihr, le grésillement du feu de gui, les éternuements contenus des prêtresses en petite tenue.

Rug d'ab Fihr leva son regard vers le ciel et, tandis qu'il  prononçait les paroles qui feraient reculer les ténèbres, il écrasa entre pouce et index une petite cage en or où était retenue captive depuis le solstice d'été l'icarette sacrée; Gurmine d'ath Garbur, la jeune vierge qui avait élevé la suppliciée, les yeux brûlants de larmes, la gorge obstruée de sanglots, ne pu retenir un cri de douleur, heureusement couvert par la clameur de la foule assemblée.» 


Louis Chailloux des Arnières de la Margerie, La légende d'Elyzée. (1973).


Jésucrix

Le jésucrix au poil court, à tête hérissonnée et museau court, au corps massif pourvu de curieuses pattes en forme de pelle, est nuisible au potager.

Chez les sorciers ses entrailles sont encore consultées avec plus de confiance que celles d’aucun autre animal.

Le vulgaire confond le jésucrix avec la taupe dont il possède certaines des vertus. La plus réputée est celle de la main jésucrixée, c’est-à-dire qui a serré la bête vivante jusqu’à ce qu’elle soit étouffée. La main encore tiède guérit la colique par simple attouchement .

Jetté dans la gueule d'un chien enragé, le pied du jésucrix le fait fuir précipitamment.


Krampousse

A l'affût sur les plages et les rochers qui découvrent à marée basse, le krampousse contrefait admirablement les galettes d'hydrocarbure au milieu desquelles il se cache.

Seule la puissante odeur d'ail qu'il exhale d'un souffle vigoureux, dès lors qu'il s'excite à la vue d'une proie, avertit celle-ci de sa dangereuse présence. En effet, ce mollusque très agressif, à la puissante détente, s'attaque à tout ce qui passe à sa portée et peut, d'un  violent coup de son espèce de bec, arracher un morceau de chair de la taille d'un œuf de pigeon.

Souvent la blessure s'infecte et  nécessite d'amputer rapidement le membre atteint.

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« Je n'ignore pas que plusieurs s'ébahissent de voir la place que j'accorde au crampouce. Mais c'est qu'à bien y réfléchir on ne trouvera rien de plus douloureux ni de plus gangréneux que la morsure de cette bête répugnante fatale aux morfondus. Pourquoi s'épuiser en fabriques de poisons, attendu que la nature nous en livre à foison sans bourse délier et fort fameux ?»

Symphorien de Bouvelle (1529-1576), Manières d'empoisonner les créatures pernicieuses. (1570).

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« À cette époque  il était rare qu'on osât s'aventurer sur les plages. Si quelque affaire nous y forçait, ce n'était que bien armés et même accompagnés d'une escorte de natifs, tant était grande la crainte des crampouces qui infestaient la côte.»

Armand Méville, Mémoires d'un contrebandier in Œuvres diverses et variées, t.5, 1831, p. 333.


Lampion

Gris souris, le lampion furtif habite les murailles qu'il égaye de ses fesses turquoises. Habile grimpeur, il n'est pas sujet au vertige mais son étourderie est cause qu'il dévisse plus souvent qu'à son tour. Qu'en reste-t-il alors ? Pas  grand chose. Rien de très présentable en tout cas. 

Merdasse

Gros saurien blanc rayée de jaune orangé, au corps verruqueux dépourvu de queue, communément appelé cambrai, la merdasse se nourrit exclusivement de fourmis.

Jadis on prêtait à sa peau la propriété de guérir certaines affections cutanée suintantes ou squameuses.

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« Pour commencer donc à entrer en matière quant à la signification du mot merdasse : merdasse est nommée la bête qui guérit la lèpre et autres infections de la peau à cause qu'elle avale les miasmes et qu'il ne faut point la manger crue ou cuite. Si la Nature eût donné à la merdasse le pouvoir de confire fruits, légumes et viandes personne n'eût eu idée de la nommer telle.»

Arnaud Villechien (1413-1460), Le parler et les mots. (1459).


Népète

Mollusque gastéropode dont la coquille à la forme d'un nez et qui dégage une odeur fétide.

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« Je me dispenserai de dérouler ici la longue liste des étymologies fantaisistes dont le népète est l'objet »

Florence (1902-1949), La mie des mots. (1948).
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Ôme

Mammifère orbicole, bimane et bipède. Son corps de taille et de couleur variable ne masque rien de son anatomie. Sa chair rose ferme, d'odeur assez forte, est de saveur faible.

Le fâme (le mâle) et la gâs (la femelle), plus ou moins velus en certains endroits selon le sexe et l'âge, ont un organisme complexe semblable au nôtre et, particulièrement, un système  de reproduction qui autorise tous les croisements possibles avec notre espèce si on se laisse aller.

Cependant le mahon (hybride de l'ôme et de l'homme) et la magnole (hybride de la femme et de la fâme) sont stériles et ces animaux, fréquemment atteints de dipsomanie,  possèdent un caractère si borné qu'ils occasionnent de graves accidents.


Phelix

Papillon nocturne de la taille d'une grande chauve-souris et dont le thorax porte le dessin d'un chat blanc sur le ventre et noir sur le dos.

Son vol très rapide ne s'accompagne d’aucun bruit. On ne le voit jamais se poser, ni chercher ou prendre sa nourriture.  

On prétend que celui qui passe sous l'ombre du phelix est saisi d’un instinct prophétique et prédira les choses futures pour le temps qui lui reste à vivre.

Pour le reste, c'est une bête féroce dont la morsure est venimeuse.

Quarognon

Petit carnassier de la taille d'un souriceau, le Quarognon, dépourvu de poils, à la peau d'un rose tendre veinée de pourpre est essentiellement charognard, même s'il ne dédaigne pas téter une vache ou gober un œuf.

Animal nocturne, vite envahissant, toujours sur le qui-vive, agitant sans cesse ses grandes oreilles, au moindre bruit, il pousse de longs cris stridents pour avertir ses congénères d'un danger imminent : la colonie, alors prise de panique, n'est plus qu'un hurlement d'effroi continu.

La tradition lui attribue le pouvoir de communiquer avec l'au-delà, sans doute en raison du parfum de moutarde qu'il répand et qui rappelle l'huile de cracraille  des embaumeurs.

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« La première partie du traité contiendra la description de Carognus, de ses mœurs et coutumes, rimée de vers tiercets à la façon florentine. L'autre, qui fera mention d'une guerre menée contre ce peuple  sera mêlée de prose épique et de rime alexandrine, et, pour ce que de la fin procède la dénomination, il sera intitulé :" la drôlerie de l'hospital Saint-Jean contenant quinze vingt manières de se débarrasser de Carognus »
Anonyme (1516)

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« Hélas ! les quarognons qui ont tant pullulé durant les mois de peste, s'attaquent désormais aux seins des accouchées dolentes et aux yeux des nourrissons débiles pour tromper leur faim. La nuit, un formidable vacarme éclate : des cris assourdissants, des hurlements à glacer les sangs  vous arrachent  du sommeil et vous plongent dans un cauchemar éveillé. »


Jean Gruget (Médecin du roi.1690-1737), Mémoire pour servir à l'histoire des établissements hospitaliers. (1735).


 Ramona variable

De la taille d'un loir, ce rongeur se présente sous deux aspects: un diurne, l'autre nocturne.

Si le jour la ramona est d'une teinte de crème fouettée, le crépuscule la voit se caraméliser à vue d'œil. Nuit venue,  sous la lune, elle brille comme un bonbon. A l'extrémité de sa queue, une touffe de poils - « d'une mollesse qui fait pitié » selon Diderot - indique à l'ornithologue le sexe, l'âge et son état de santé.

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« Longtemps soupçonnée dans les campagnes d'hermaphroditisme, la ramona variable est avec le lièvre, le prêtre et la femme une des figures majeures de l'ambiguïté. Sa chair d'un goût de poisson d'eau douce, fondante lorsqu'elle est crue, devient filandreuse à la cuisson et craque sous la dent comme une corde de guitare. »

Armandine Chailloux des Arnières de la Margerie (1881-1955), Dictionnaire des symboles et de la gastronomie. (1954).

  Sabretouche

Poisson piriforme au dos nacré et au ventre vert bouteille, ses écailles coupantes comme des lames de rasoir étaient autrefois utilisées en tabletterie pour leur dureté et leur transparence exceptionnelles.

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« Afin que Diane Branca brillât au bal de l'ambassadeur d'Espagne, son père lui offrit un magnifique éventail en écaille de sabretouche d'un vert d'eau profond rehaussé de nacre. A la première manœuvre, elle s'entailla profondément l'avant-bras et coupa net la queue de son perroquet. L'enseignement du maniement de l'arme  s'imposait, je fus choisi. »

Akiyama Issamouri (1780-1827), Souvenirs et anecdotes d'un Japonais à Florence. (1825).


Tourne-fesses

Passereau des futaies, grimpeur de la taille et de la couleur du coucou, il fuit les hivers rigoureux, les étés caniculaires, les printemps pourris et les automnes trop pluvieux. Cette sensibilité extrême aux conditions climatiques locales perturbent très souvent son cycle de reproduction et met gravement en péril l'avenir de sa population.

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« Il n'est plus le tourne-fesses ! Pendant les années 1793 et 1794, lors que le frein des lois était méconnu, il est tombé cet oiseau au chant hypnotique, tombé sous la hache de la révolution qui abattait la propriété. »

Berthe de Bournissoux (1758-1805), Réflexions et pensées. (1805). 

Uaganascar

Par son odeur spécifique qui le distingue du putois, l'uaganascar est immédiatement repérable dans les lieux où il essaie de se cacher.

Cet animal, toujours en éveil, est le compagnon idéal des personnes agitées et insomniaques.

Au château il remplace avantageusement le gigôte, et dans un appartement le perroquet, bien qu'il ne parle pas.

On donne traditionnellement un petit nom à l'uaganascar apprivoisé.


Véloce

Associée à la foudre et aux incendies,  la véloce, d'un noir fuligineux, la tête surmontée  d'une huppe rouge vif, par temps d'orage jette son cri aigu qui resemble à : « Clou ! clou ! clou ! ».

Pour l'apprivoiser, on lui lance des boulettes de viandes de la taille d'un de ces gros insectes dont elle raffole. Comme cette méthode exige adresse et précision pour ne pas l'assommer en plein vol, les débutants s'entraîneront  avec profit sur les martinets au lancer de la mouche. Mais qu'ils n' attendent aucune reconnaissance de la part de cet oiseau farouche, imprévisible au vol zigzaguant.

Rendue familière la véloce vous mangera dans la main et, une fois gavée, s'y endormira en ronflant. Profitez de l'occasion pour lui ôter d'un coup sec une des plumes de sa huppe qui ne tardera pas à repousser.
 

Wawa

Oiseau de la taille d'une corneille, le wawa, classé à tort parmi les vautours, est végétarien. C'est l'ennemi juré des drapatels qu'il chasse en les bombardant de petits galets qui atteignent parfois la taille d'une balle de golf.







Xchyts


Espèce d'araignée amphibie ayant la forme grossière d'une sardine. On distingue le xchtys loche brune et le xchtys à barbillons venimeux. Au mois d'avril, la femelle pond un œuf unique de gros calibre, jalousement surveillé par le mâle jusqu'à éclosion.

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« J'ai montré  le gros œuf ramassé la veille à plusieurs habitants du bourg. Ils m'on assuré n'en avoir jamais remarqué de la sorte. Si c'est le cas, l'exemplaire que je possède aura encore plus de prix. »

Camille Eglantin (1870-1917), Correspondance d'un naturaliste et d'une ballerine. (1916).

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« Il serait regrettable qu'une prévention contre les petits déjeuners de pain, de beurre, de curieuses sardines salées et d'espèces d' œufs brouillés d'un goût étrange et cuisinés à l'attention des touristes, interdise au voyageur de prendre pension chez l'habitant. »

Camille Eglantin, Le guide de l'homme moderne. (1918).

Yaï

Le yaï, au museau effilé et aux oreilles droites, est par ses mœurs davantage un carnassier qu'un carnivore. Son pelage blanchâtre mêlé de noirâtre et tacheté de rougeâtre est appelé fourrage en raison de son épaisseur.

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« Les yaïs, dira-t-on, sont au royaume des quadrupèdes ce que sont les abeilles dans le vaste empire des insectes car ils forment une société riche de nombreux individus. On aura tort! Les yaïs ne construisent rien, ne produisent  ni cire ni miel,  ne butinent rien, n'ont aucune suite dans les idées et, oserais-je le dire ? préfèrent la fuite au combat. Ils sont même inférieurs aux castors qui font la nuance des quadrupèdes aux animaux aquatiques car ils ont l'eau en horreur.

Qu'est-ce que le yaï, demandera-t-on? C'est une fabrique de manchons et de charentaises luxueuses et douillettes. Aussi cette singularité lui accorde, tout comme le petit gris, une place dans le cœur de l'homme.»

Georges Leclerc (1701-1748), Brève histoire des animaux. (1747).


Zabate

Mollusque marin comestible, proche de l'oreille de vache , la zabate ( du turc çabata ) à une coquille multicolore rugueuse en forme de pantoufle avachie. C'est pourquoi elle figure dans de nombreux contes populaires où elle remplit la fonction de tapis volant ou de botte de sept lieux.

Ses nombreuses  sécrétions minérales rarement sphériques et très fragiles, sont  utilisées dans la fabrication des bouquets de fleurs d'oranger artificielles que les mariées protègent  de la poussière sous une cloche de verre.

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« Il est vrai, seigneur, que plusieurs ambitieux joalliers détractent pieça l'ornature de votre couronne de mariage, dont je ne puis entendre la cause, parce qu'eux-mêmes qui ores translatent la perle de sabata en turquine en font de dispendieux colliers.»

Guillaume d'Etaples (1438-1485), Manières de bien fabriquer les couronnes et aultres parures ou marques d'honneur sans moult dépendre. (1482).