L’abambar de Kasbin

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L’abambar de Kasbin

Jane Dieulafoy (1851-1916).

 

La Perse fît naître chez Jane Dieulafoy une vocation d’écrivain. En 1883 elle publia dans la revue Le Tour du monde la relation du premier voyage qui paraîtra sous le titre La Perse, la Chaldée, la Susiane.

L'abambar de Kasbin
L’abambar de Kasbin / Gallica BnF


La carte est déployée; elle ne porte aucune indication de nature à nous éclairer. Cependant, plus on avance et plus les eaux paraissent s’étendre sur la droite. Une forêt d’abord inaperçue s’élève derrière ce rempart aquatique; je pousse mon cheval, mais le lac semble fuir devant moi ; les arbres revêtent des formes qui paraissent se modifier suivant le caprice d’une imagination en délire; pendant plus d’un quart d’heure cette illusion de mes sens persiste, et les miroitements des rayons brûlants du soleil sur les ondes tranquilles éblouissent mes yeux; puis, tout à coup, lac et forêt disparaissent comme sous l’influence d’une baguette magique.

C’était un mirage.

A la place d’une nappe liquide et de frais ombrages, un chemin poudreux compris entre les clôtures de jardins plantés en vignes et en pistachiers s’ouvre devant nous.

L’eau des nombreux kanots de Kazbin est utilisée à l’arrosage de ces précieux vergers. Comme elle devient insuffisante l’été à l’alimentation de la ville, les habitants ont construit de nombreux réservoirs voûtés nommés abambar, dans lesquels l’hiver ils emmagasinent les eaux surabondantes.

Plusieurs de ces ouvrages se présentent sur notre route, et devant chacun d’eux la caravane fait une courte halte afin de permettre aux pialehs (coupes) des tcharvadars de circuler de main en main, à la grande satisfaction des voyageurs, fort altérés par les rayons de ce premier soleil de printemps.

Quelques réservoirs peuvent contenir plus de six mille mètres cubes. Ils sont établis sur un plan carré et couverts de coupoles hémisphériques posées sur pendentifs: cette partie de la construction émerge seule au-dessus du sol et donne à la ville l’aspect étrange qui nous a frappés quand elle nous est apparue. Ainsi conservée, l’eau garde, même au cœur de l’été, une fraîcheur délicieuse. Un large escalier précédé d’une porte ornée de mosaïques de faïence d’un goût charmant conduit jusqu’aux robinets placés au bas du réservoir, à quinze ou vingt mètres de profondeur. Des bancs de pierre établis sous l’ogive principale, et des niches prises dans la largeur des pilastres permettent aux passants de s’asseoir, aux porteurs d’eau de se reposer et de décharger les lourdes cruches de terre qui viennent d’être péniblement montées. Souvent, au-dessus de l’ouverture de l’escalier, une inscription en mosaïque donne la date de l’érection de l’abambar et le nom du généreux fondateur de l’édifice.

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Bibliographie

La Perse, la Chaldée et la Susiane / Chap. VI – Azimabad et Kazbin. p. 100 et suivante. Jane Dieulafoy (1851-1916). Hachette et Cie (Paris), 1887.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62128841

Notices biographiques

Jane Dieulafoy  par Eugène Pirou
Jane Dieulafoy  par Eugène Pirou (1841-1909)

« Jane Dieulafoy a mérité, au même titre que son mari Marcel (1844-1920), de figurer en bonne place dans les annales de l’archéologie. Ils sont tous deux devenus archéologues en Perse au cours d’une première mission d’exploration en 1881-1882, puis en 1884-1886 pour inaugurer les premières fouilles d’envergure à Suse…»
> Eve Gran-Aymerich / La Bibliothèque d’Orient  http://heritage.bnf.fr/bibliothequesorient/fr/dieulafoy-art

Marie Dronsart, Madame Jane Dieulafoy in Les grandes voyageuses. Hachette (Paris), 1909.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55162535/f56.item

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 Abambar : āb anbār
> Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Ab_anbar

Kasbin / Qazvin,
> Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Qazvin

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