Mille & un saints


il n'est si petit saint...




Sainte Tartinella

Sainte Tartinella Son enfance se déroula sans heurts, bercée par l’hymne de joie entonné dans nos campagnes par les anges et la lecture édifiante de la Vie des mille saints de Bretagne. C’est dire que la fillette sut vivre précocement son évangile au quotidien.

Tartinella, fruit insignifiant d’une repiqueuse de poireaux et d’un prolétaire intermittent, était cornouaillaise de naissance mais léonarde par le goût des loteries nationales dont les lots affriolants attachent bien des brebis à l’espérance illusoire d’une vie sans efforts. La nôtre, de brebis, joua plus souvent qu'à son tour, se ruina inmanquablement et vécut misérablement.

Au mitan de sa vie elle ne possédait plus grand-chose, à l’exception d’ une grave maladie onéreuse et d’une absence complète de domicile fixe qui l’incitait à vive dans la rue où elle trouvait le gîte et le couvert. Ses toilettes étaient sujettes à caution. Un rien habillait ses appas mous et ridés, comme des plumes de volaille piquée dans sa chevelure grasse.

Nous ferons remarquer ici un détail curieux, son nom de famille était Merda. Comme le gendarme Merda qui participa à l'arrestation du tyran sanguinaire Robespierre, lui tira dessus et lui brisa la mâchoire.

Le Grand Jour

Or, un 8 mai, par une nuit de pleine lune où Tartinella fêtait son demi siècle à la fortune du pot, un certain incube, rencontré sur le trimard, reconnaissable à son accent de sémite à couper au couteau et dont la figure de vautour exprimait la cruauté incalculable de la hyène, lui offrit malignement à boire un élixir funeste enfermé dans une fiole sur laquelle figurait une étiquette où un spécialiste en langue mahométane aurait pu lire : Préparation alchimique.

Une fois le breuvage avalé, comme Tartinella flottait entre deux eaux, l’homme en burnous, dont les yeux brillaient d’un éclat sauvage et qui s’était fait la barbe peu de temps auparavant, employa ses efforts pour détourner de ses engagements la pure rosière..

Dans le salon de Tartinella que formait la terre nue, et où croissait l’ivraie et la zizanie entre les pavés luisants de crasse, l’engeance satanique fit les plus magnifiques promesses pour inciter la Bretonne à changer de voie et adhérer à une cellule franche maçonne de sans-Dieu. Ceci dépassait toutes les bornes ! et il reçut de notre forte femme qui bouillait sous sa coiffe une réponse simple et ferme à la hauteur d’un esprit résolu et subtil :

« Rien ne sera capable de me séparer de la vraie Foi et de l'amour dans l’Identité nationale, le Travail, l’Église romaine, la Famille, le Patronat gallican, la Patrie et la Finance universelle ! Vous pouvez m'exposer aux flammes, me jeter aux bêtes féroces, me soumettre à toutes sortes de supplices, jamais je ne trahirai ma foi ! Ce serait de ma part une ingratitude, une perfidie, une vergogne. N'eussé-je point à craindre le courroux de l’Eternel, ni à espérer une divine récompense, je ne saurais manquer de fidélité à mon engagement militant.»

Profitant de l’occasion qui lui était offerte de clamer ainsi le fond de sa pensée, Tartinella se dénuda et se flagella cruellement le corps. Abdiquant toute pudeur, elle souhaitait montrer à l’impie en rut qu’elle résisterait à ses serpentines tentations âcres et poivrées.

Il y a en ce monde des choses bien étranges. Ce que nous allons raconter est sans doute trop hardi — encore que recouvert d’un voile. Qui pouvons-nous ? Les invraisemblances produisent des péripéties renversantes.

Le barbu enjôleur, enflammé par les transports de la vierge, lui infligea alors avec diligence les tourments que lui suggérait son excitation de polygame et sa perversion, non sans prononcer des paroles d’amères et vindicative raillerie : « Je vais te faire visiter Montmartre ! »

Tartinella, endurait ceci avec constance ; elle criait : « Oh, oui Djauni ! fais-moi mal ! » pour faire bisquer le nez crochu qui la chevauchait à cru. Bientôt on pratiqua sur elle d’autres tortures non moins affreuses… La malheureuse fut rapidement dans l’état d’une poêle à rôtir les marrons de Lyon… Mais nous n’en dirons pas plus car il ne faut point détailler les fruits vénéneux de la débauche. D’ailleurs la lune se cacha sous un nuage opaque et cessa d’éclairer la scène odieuse.

Malgré tous les efforts du barbu pouilleux en pleine possession des ses moyens, rien ne pouvait entamer la détermination de la bienheureuse en position précaire, comme si Dieu opérait en sa faveur pour qu’elle prît tout par-dessus la jambe. Et même, face à l'affluence des foules ameutée par les ébats, Tartinella en redemandait sans jamais renoncer à sa foi qui se fortifiait à vue d’œil!

Enfin, à l'admiration de tous, elle triompha du bouc circoncis par son dévouement à toute épreuve : « Alors Djôni, heureux ? » éructa-t-elle, pour marquer sa victoire, en employant le langage pittoresque de la basse classe. Certes on ne trouvera pas beaucoup de dames patronnesses capables d’une telle maîtrise quelques minutes seulement après d’outrageants assauts. C’est sans doute ce qui opéra chez les témoins présents sur les lieux de nombreuses conversions.

Dès lors, Tartinella, dont la vertu s'était épurée dans le martyre, sut qu’elle était prête à reconquérir Constantinople tombée aux mains des Ottomans. Et c’est pourquoi l’Eternel lui offrit, par une mouette interposée, à l’heure où la voiture de vidange arrivait dans la rue, la palme due aux généreux soldats du Christ Sauveur sous forme d’une croix d’Alsace-Lorraine condensée en matière recyclable et odorante. « Tiens, il pleut ! » s’exclama sans chichi la future sainte. Il y eut un silence comme après tout arrêt prononcé.

C’est ici le lieu de répondre à une lettre anonyme, fruit de la malveillance, qui nous demande comment est-il possible de reconnaître dans la fiente molle d’un volatile marin le clair dessin d’une croix d’Alsace-Lorraine divine ? A quoi sert cette plate objection ? Qu’opposer au fait connu de tous ? Nous méprisons les lettres anonymes. Telle est notre réponse.

Utilisation de la sainte

Sainte Tartinella est invoquée pour nettoyer les taches rebelles qui s’incrustent dans le Blanc.

On représente traditionnellement la sainte debout, et avec ses oripeaux en place, pour ne point offenser inutilement la décence particulière à son sexe..

Pieuses vies & saintes œuvres

  1. Santa Carla
  2. Sainte Euchiasse
  3. Saint Gai-Gant ( ste Euchiasse)
  4. Saint Gesticul
  5. Saint Gifle
  6. Saint Pattu
  7. Saint Pol (nouveau)
  8. Sainte Poubelle
  9. Saint Sardin
  10. Sainte Tartinella
  11. Saint Vaudou
  12. Sainte Vizirette

Miracules

Les miracules sont ces petits miracles qui enchantent notre vie. Ils sont le fait de saintes et de saints oubliés, non répertoriés ou timides. Rendons-leur hommage.

  1. C'était un vendredi
  2. La p'tite elle avait un rhume...
  3. Il avait fait un temps excécrable...

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