L’ Herbier sentimental de Francis Eon

Herbier sentimental
Francis ÉON.

1

Eva, que cette MENTHE et cette MARJOLAINE
Vous donnent leur odeur et leur âme sauvage;
Et que votre âme à vous, votre âme sans servage,
Pour elles et pour moi chante sonore et pleine.

2

Si je casse pour vous une branche de GUI,
Avec sa boule blanche il faut que vous l’aimiez.
Moi, le désir aigu me perce et m’alanguit
D’une Eva qui frissonne entre mes beaux pommiers.

3

Eva qui rayonnez, non loin de l’if en boule
Et du pin-parasol, haute et sombre voilure,
Sous le saule pendant comme une chevelure
Pour vos soins ménagers je cueille LA CIBOULE.

4

Eva, je me refuse à vous donner LE HOUX.
Sa pointe m’a tiré quatre gouttes de sang.
Cet arbuste hargneux est encore jaloux.
Jalouse ne soyez de votre obéissant.

5

Eva constante enfin, le symbole du LIERRE
Est usé, bien qu’il soit aimable et non sans grâce ;
Et pour moi, de mourir à l’arbre que j’embrasse,
Je n’imagine point que ce soit nécessaire.

6

Le bel honneur secret de cette feuille-ci,
Eva l’estime et ne saurait le décrier.
Elle est jeune. Elle tremble. Elle a bien du souci.
Vivra-t-elle? Elle vient de mon petit LAURIER.

7

O trop crédule Eva, LE TRÈFLE je ne l’aime
Qu’à trois feuilles, non pas à quatre — l’ordinaire.
Aimez et vénérez son image ternaire.
Mais pour le nombre 3, c’est un autre problème.

8

Je fauche pour Eva, dans son humble destin
Sans peine, sans bonheur et certes sans excès,
Le THYM tout grelottant qui rime avec matin
Chez Verlaine et chez tous les poètes français.

Francis ÉON.

Herbier sentimental de Francis Eon / La Muse française : revue du mouvement poétique / 1931.

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