Eric Vuillard : l’écrivain et l’Histoire

Éric Vuillard entre dans l’Histoire avec un style incisif et met à nu certains de ses épisodes les moins glorieux. On voit, sur la scène de ce grand théâtre, ces gens ordinaires et ces moins-que-rien dont il ne reste plus traces et qui sont les héros du peuple à qui personne n’a pu ou n’a voulu donner la parole. Pour Vuillard  la littérature doit  » redonner vie à l’action, rendre l’événement à la foule et à ces hommes un visage. »

 » La modernité est donc d’abord une violence – et d’une certaine manière, à travers guerre et colonisation, les récits d’Éric Vuillard se donnent pour une exploration et une révélation de la nature violente de notre modernité. Mais cette violence est masquée, ou plutôt elle est sublimée. Éric Vuillard ne se fait pas historien parce qu’il est écrivain : il travaille sur les symboles et il les interroge, il les met en question et les démystifie. » (Florian Alix )

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Erwan Guéret. En quoi le récit vous paraît-il la forme la mieux adaptée à votre engagement ?

Éric Vuillard. La littérature se présente traditionnellement comme une activité amputante, presque comme une activité autonome, quand bien même l’enseignement de la littérature se modernise et insiste sur ses liens avec la société. Quelque chose de plus fort subsiste, avec l’idée de l’inspiration: la littérature serait hors du temps et l’écrivain serait isolé. Le romantisme et le roman ont à voir avec cette conception de la littérature. Le récit renvoie davantage à nos inquiétudes présentes. Il permet de penser aujourd’hui.

Un autre lieu commun est que la littérature aurait à voir avec l’imagination. Pourtant, quand les écrivains disent qu’ils n’ont pas d’imagination, il ne s’agit pas de fanfaronnade ou de désinvolture. On peut les prendre au sérieux: le rôle de l’imaginaire dans la littérature est assez restreint. Quand on compare Fantine et Nana, on voit bien que les péripéties vécues par la première dans Les Misérables ont vieilli. On entend beaucoup plus le cri de la prostituée chez Zola, parce que la composante fictionnelle y est moins importante qu’autre chose. Le fait d’incarner les personnages est finalement mineur. Ce qui importe davantage, c’est l’intrigue, la composition, ce qu’on appelle le montage au cinéma. Comme le dit Lacan, « la vérité a structure de fiction »: la vérité prend des structures fictionnelles pour se dire.

> Littérature et Révolution Carnet de recherche d’Olivier Ritz : https://litrev.hypotheses.org/413

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Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (Léo Scheer, 2009, Babel n°1330), récompensé par le Grand prix littéraire du Web – mention spéciale du jury 2009 et le prix Ignatius J. Reilly 2010. Il a reçu le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour deux récits publiés chez Actes Sud, La bataille d’Occident et Congo ainsi que le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre et le prix Alexandre Viallate pour 14 juillet. Il vient de publier L’ordre du jour sur le financement du parti nazi et l’Anschluss.

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> La Fabrique de l’Histoire par Emmanuel Laurentin : Histoires d’anonymes (1/4) _  Hommes et femmes anonymes de la Révolution française (11/09/2017)

> L’humeur vagabonde par Kathleen Evin : Mieux comprendre l’histoire des temps dont nous sommes faits grâce à Eric Vuillard (09/09/2017)

> Alix Florian, « Éric Vuillard. Congo », Afrique contemporaine, 2014/4 (n° 252), p. 210-213. DOI : 10.3917/afco.252.0210. URL : http://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2014-4-page-210.htm

 

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