Lettres familières

Laurent Tailhade

"On ne nettoie pas les écuries d'Augias avec un plumeau."

Chamfort

Vendémiaire

édition en ligne
contact
Creative Commons
zec.fr

Avril 1894 : l'explosion du restaurant Foyot

> la seule qui réponde au programme qui vient d'être tracé est celle de Laurent Tailhade, par son beau- frère Fernand Kolney. La partie historique semble complète et à peu près définitive ; elle s'appuie sur une vive sympathie pour Tailhade et une longue intimité avec lui. La partie critique, stricte et dégagée de toute sympathie personnelle, est aussi judi- cieuse que possible. Tous les lettrés se rallieront à ses conclu- sions. Cette monographie est le modèle à suivre.la seule qui réponde au programme qui vient d'être tracé est celle de Laurent Tailhade, par son beau- frère Fernand Kolney. La partie historique semble complète et à peu près définitive ; elle s'appuie sur une vive sympathie pour Tailhade et une longue intimité avec lui. La partie critique, stricte et dégagée de toute sympathie personnelle, est aussi judi- cieuse que possible. Tous les lettrés se rallieront à ses conclu- sions. Cette monographie est le modèle à suivre.la seule qui réponde au programme qui vient d'être tracé est celle de Laurent Tailhade, par son beau- frère Fernand Kolney. La partie historique semble complète et à peu près définitive ; elle s'appuie sur une vive sympathie pour Tailhade et une longue intimité avec lui. La partie critique, stricte et dégagée de toute sympathie personnelle, est aussi judi- cieuse que possible. Tous les lettrés se rallieront à ses conclu- sions. Cette monographie est le modèle à suivre.

Lettres parisiennes

Marcel Schwob

Dans trois de ses  Lettres parisiennes, Marcel Schwob relate les conséquences pour Laurent Tailhade de l'explosion d'une bombe au restaurant Foyot.


Paris, 7 avril

J'ai pu voir M. Laurent Tailhade, qui a été victime de l'explosion du restaurant Foyot. Il a été placé dans un petit compartiment libre de la salle Velpeau, à la Charité. Mme Julia Mialle le soigne avec un extrême dévouement, malgré le grand étourdissement où il se trouve encore. Il a l'œil droit envahit par le sang. Ses oreilles tintent sans cesse, quoique la surdité ait disparu.

M. Tailhade est abattu, mais en pleine connaissance. Il a la libre disposition de son élégant langage. La tête est entièrement emmaillotée, comme d'un homme de ouate, de linges : on ne voit que la joue et l'œil gauches. La peau porte des égratignures. En apparence la situation ne semble pas mauvaise... M. Dauriac et son chef, M. Tillaux, s'occupent avec activité de son traitement.

M. Tailhade se rend compte entièrement à cette heure des circonstances de l'explosion, qui étaient restées pour lui complètement obscures dans les premiers instants. Mais il est encore très faible. L'ébranlement et la commotion ont été tels qu'il vomit tous ses aliments, et qu'il ne peut supporter une réflexion soutenue. Le docteur Tillaux n'a pas encore exprimé d'avis précis sur son état.

Paris, 8 avril

Voici la note officielle communiquée aux journaux : Contrairement aux bruits qui ont couru, la police n'a fait aucune opération chez les anarchistes, et pas plus en banlieue qu'à Paris, aucun anarchiste n'a été arrêté.  Cette mesure est significative. Elle confirme l'attitude du commissaire de police, qui voulait faire surseoir au pansement de Laurent Tailhade, pour l'interroger. Elle appuie les venimeux commentaires de la presse sur une phrase d'homme de lettres jetée à la fin d'un banquet, au hasard du dessert. On voudrait nous faire croire enfin, presque, que “ tout cela s'est passé entre anarchistes ” et que “ c'est bien fait ”. 

Si telle est l'idée que M. Raynal se fait de l'explosion de la rue de Condé, il faut avouer qu'elle est naïve. L'attentat du restaurant Foyot est semblable de tous points à celui du café Terminus, sinon que la bombe était plus “ savante ”. Le sort a voulu que ce fut M. Tailhade qui fut assis près de cette fenêtre. Tirer de là d'autres conclusions est par trop facile et par trop indigne. 

Et parce que M. Magnard déclare qu'il ne s'intéresse pas à la  victime, il serait odieux qu'on ne cherchât pas le criminel avec autant de soins que lorsqu'il s'est agi de M. l'abbé Lemire et de M. Charles Dupuy.

Paris, 11 avril 

L'entrée de Laurent Tailhade à l'hôpital de la Charité a provoqué un incident qui n'est pas sans intérêt. Le blessé devait être reçu, selon le tour réglementaire, dans le service du docteur Desprès. Il demanda (et M. Dauriac, l'interne, appuya sa demande) à être admis chez le docteur Tillaux. Le docteur Desprès se plaint de cette anomalie. Les blessures de M. Tailhade étaient de nature telle qu'il fallait pratiquer immédiatement l'antisepsie la plus minutieuse, pour éviter une infection purulente. Or, M. Desprès ne " croit " pas à l'antisepsie. Il n'admet que le pansement " sale ". De tels pansements auraient mis la vie de M. Tailhade en très grand danger.  Il  n'y  a point  de  médecin  aujourd'hui (sauf M. Desprès) qui oserait le nier. 

" Périssent les malades, plutôt qu'une  absence de  principes ! " Voilà une étrange devise. C'est celle d'un médecin qui est chargé de  guérir les malheureux que la société lui confie. En vérité, comment admettre que la médecine dans les hôpitaux de Paris soit affaire " d'opinion ? " Passe encore que de vieux examinateurs de Sorbonne ne veuillent point admettre la question de l'irréalité du monde extérieur. Du moins ils ne tuent pas les candidats qu'ils refusent. Mais voici un médecin qui, de propos délibéré, nie la science et les lois. M. Desprès a eu tort de protester. Il eût été plus prudent pour lui de garder le silence.

 

haut de page

Vendémiaire |design de Stylish | zec.fr |