Félix Fénéon & Edouard Degas

Edgar Degas – Le tub (1885)

Degas a modifié l’approche du thème classique du nu, notamment en représentant le corps saisi à un instant donné et non plus dans une pose gracieuse ou convenue.

Edouard Degas par Félix Fénéon

Femme a sa toilette (1886)
Femme a sa toilette (1886) – Musée d’Orsay

De M. Degas. Des femmes emplissent de leur accroupissement cucurbitant la coque des tubs : l’une, le menton à la poitrine, se râpe la nuque, l’autre, en une torsion qui la fait virante, le bras collé au dos, d’une éponge qui mousse se travaille les régions coccygiennes. Une anguleuse échine se tend ; des avant-bras, dégageant des seins en virgouleuses, plongent verticalement entre des jambes pour mouiller une débarbouilloire dans l’eau d’un tub où des pieds trempent. S’abattent une chevelure sur des épaules, un buste sur des hanches, un ventre sur deux cuisses, des membres sur leurs jointures, et cette maritorne, vue du plafond, debout devant son lit, mains plaquées aux fesses, semble une série de cylindres, renflés un peu, qui s’emboîtent. De front, agenouillée, les cuisses disjointes, la tête inclinée sur la flacidité du torse, une fille s’essuie. Et dans d’obscures chambres d’hôtel meublé, dans d’étroits réduits que ces corps aux riches patines, ces corps talés par les noces, les couches et les maladies, se décortiquent ou s’étirent.

Mais voici du plein air. Une baigneuse de rivière, dans des verdures, remets sa chemise qui plane, ballonnante sur des bras s’arquant haut. Trois villageoises, bestiales et bien découplées, entrent dans une rivière, et, le dos courbé, bombant l’énormité de croupes où le soleil s’écrase, ramant l’air de leurs bras simiesquement demi-tendus, s’avancent vers la grande eau, à laborieux pas ; sur leurs mollets un chien-loup halète.

Dans l’œuvre de M. Degas, – et de quel autre ? – les peaux humaines vivent d’une vie expressive. Les lignes de ce cruel et sagace observateur élucident, à travers les difficultés de raccourcis follement elliptiques, la mécanique de tous les mouvements ; d’un être qui boue, elles n’enregistrent pas seulement le geste essentiel, mais ses plus minimes et lointaines répercussions myologiques : d’où cette définitive unité du dessin. Art du réalisme et qui cependant ne procède pas d’une vision directe : – dès qu’un être se sait observé, il perd sa naïve spontanéité de fonctionnement ; M. Degas ne copie donc pas d’après nature : il accumule sur un même sujet une multitude de croquis, où son œuvre puisera une véracité irréfragable ; jamais tableaux n’ont moins évoqué la pénible image du « modèle » qui « pose ».

Sa couleur est d’une artificieuse et personnelle maîtrise : il l’extériorisera sur la bariolure turbulent des jockeys, sur les rubans et les lèvres des ballerines ; aujourd’hui il la manifeste par des effets étouffés et comme latents, dont le prétexte est pris au roux d’un tignasse, aux plis violâtres d’un linge mouillé, au rose d’une mante pendue, aux irisations acrobatiques roulant au cirque d’une cuvette.

Par deux numéros de modistes au magasin et par un portrait de nature-mortise Zakarian se complète ce lot, tout entier exécuté au pastel.

Mais, suivant ses us, c’est sous conditions que M. Edgar Degas daigne exposer. Aussi, faut-il revoir la bande trop fidèle des comparses : M. Charles Tillot truelle avec un entêtement sombre des pivoines, des chrysanthèmes, des femmes nues et des anémones ; M. Henri Rouart, accroche trente échantillons des ses aquarelles pénitentiaires ; Madame Marie Bracquemond, pignoches ses imagettes, et M. Paul-Victor Vignon, toujours dispos, empile rochers, arbres et maisons en des ensembles invariables et ternes. Pour clore la liste : la comtes de Rambure dont le catalogue n’a pas osé mentionner les envois, et M. Emile Schuffenecker, consciencieux, mais encore inexpert.

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Les impressionnistes en 1886 / Félix Fénéon (1861-1944). Publications de « la Vogue » (Paris) – 1886.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k850398w
Chapitre I : MM. Degas et Zandomeneghi. – M. Forain. Miss Cassatt.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k850398w/f11.image
Exposition Degas et le nu : Musée d’Orsay

http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/au-musee-dorsay/presentation-detaillee/page/0/article/degas-et-le-nu-30632.html?cHash=0fad0a34a8

L’art moderne Cours de l’UTL13 – Édouard Degas
http://art.moderne.utl13.fr/2011/12/cours-du-5-decembre-2011/

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La Grande table  par Olivia Gesbert.  A l’occasion de l’exposition Degas Danse Dessin. Hommage à Degas avec Paul Valéry au Musée d’Orsay (jusqu’au 25/02) Camille Laurens, écrivain, fait paraître La petite danseuse de quatorze ans (Stock, août 2017) Elisabeth Platel, directrice de l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris.

Le Classic Club, « Degas, visite guidée ! «  Avec Elisabeth Platel, Marine Kisiel, Thibaut Garcia et Camille Laurens. En direct de l’exposition Degas Danse Dessin. Hommage à Degas avec Paul Valéry au Musée d’Orsay.

Edgar Degas en cinq œuvres d’art – https://www.franceculture.fr/peinture/edgar-degas-en-cinq-oeuvres-dart

« Longtemps considéré comme « le peintre des danseuses », Edgar Degas a pourtant eu une carrière bien plus diverse. Plongée dans l’œuvre de cet artiste aux multiples facettes, de la peinture à la sculpture, en passant par le dessin. »

Edgar Degas  ; Une vie, une Oeuvre, 23.09.2001 – durée 1h29

A réécouter :  Emission Les Regardeurs par Jean de Loisy et Sandra Adam-Couralet :

Miss Lala ou Mademoiselle La La au cirque Fernando, d’Edgar Degas .

Tableau peint en 1879Une huile sur toile ( 117,2 cm de haut sur 77,5 cm de large ) conservée à la National Gallery à Londres.

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