Le choupin

La Forêt d’Iscambe, roman de Christian Charrière, est une fantasy construite comme un parcours initiatique, une fable politique et morale qui imite et pastiche ce genre avec humour.

Dans la forêt sauvage d’Iscambe, au long du tracé de l’ancien autoroute A6 et dans une France post-apocalyptique, on croise des êtres mi-homme mi-plante, des variantes monstrueuses d’insectes sortis d’un bestiaire du Moyen Age.

Le choupin

L’animal tourna vers lui une grande gueule hypocrite et niaise, soulignée par une grosse lèvre molle qui tombait. Les choupins, qui avaient la chair imberbe des cochons, ressemblaient à des buffles roses. Ils avaient des particularités,d’abord leurs faces larges qui paraissaient humaines, visage de gros hommes blonds, hébétés et maussades, et ensuite la façon dont ils faisaient l’amour avec eux-mêmes. Car les choupins étaient hermaphrodites ; en eux cohabitaient les deux sexes. Souvent – et à n’importe quelle heure de la journée – ils faisaient jaillir de leur bassin une sorte de long tube écarlate qui se déployait en arc de cercle et allait s’enfoncer dans un orifice situé un peu en dessous du nombril. Dans ces moments-là, leur corps se plissait, se contractait, se rapetissait comme si les deux parties – mâle et femelle – dont ils étaient formés s’emboîtaient l’un dans l’autre, entraînant une visible diminution de leur volume. Loin de paraître gênés, leurs visages lunaires prenaient alors une expressions à la fois provocante, hautaine et extasiée dont ils semblaient narguer l’enthousiasme. Dans ces instants de plaisir, non seulement ils s’arrêtaient et demeuraient stupides et immobiles, mais ils entretenaient une véritable contagion affamé de lui-même pour suspendre plusieurs fois par jour la marche d’une armée.

La Forêt d’Iscambe, Ed. Phébus, p,29

> La Forêt d’Iscambe, Christian Charrière par davd.22http://fr.calameo.com/books/0000794427f903b056c30

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